Roger Hannart


Auteur de romans d’action

 

VATICAN

Jennifer, agent du Service Action part en mission à ROME.

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enregistré sous le N° 2007.07.0144 le 16.07.2007

Jennifer Field arriva sans encombre à l’aéroport de Rome. Un taxi la conduisit à son hôtel près du parlement. Elle se rendit, ensuite, à la Fontaine de Trévi, Il faisait déjà nuit, mais la place brillait de mille lumières. L’atmosphère contrastait avec la vie trépidante de Rome.

Malgré le nombre important de personnes présentes, on avait l’impression d’être dans un sas ou dans un monde à part. Il régnait un calme envoûtant, craquelé par les flashs des centaines de touristes. La première rangée, le dos tourné à la fontaine, jetait par- dessus l’épaule une pièce de monnaie, puis une autre, toutes étant destinées à finir leur chemin sacré dans les caisses de la Croix-Rouge italienne.

On ressent dans cet endroit quelque chose de forcément étrange comme lorsque dans une cathédrale retentit un Te Deum. On se laisserait vite emporter par l’émotion, par cette force de la méditation des pèlerins du monde entier, subjugués, en extase face à ce bâtiment majestueux et hypnotisés par l’eau qui coule venant de l’aqueduc.

Jennifer Field était émue, pourtant elle avait autre chose à faire que de contempler une fontaine mais elle ne put s’empêcher de penser avec compassion à tous ces gens ; pèlerins pour la plupart touchés peut-être par le malheur. Jennifer, au cœur de la Fontaine de Trèvi, ne trouvait pas un Dieu à visage humain mais trouvait Dieu sans visage. Pour elle qui était libre penseur et libertine, c’était surtout les retrouvailles avec L’ Empire Romain, Dieu aux multiples facettes. C’est la contradiction de Rome.

Elle regarda sa montre et vite se ressaisit car le temps passait et elle rejoignit son hôtel pour son rendez- vous. Deux véhicules étaient garés devant la porte de l’hôtel, un palace en plein centre de Rome. Les deux véhicules portaient le fanion du Vatican.

Un individu d’une quarantaine d’années grand et mince s’approcha d’elle.

-Vous êtes le commandant Field du contre-espionnage français ?

-Et vous, vous êtes qui ?

- je suis le conseiller du Nonce, Secrétaire d’Etat et je suis chargé de vous conduire auprès de son Excellence.

Jennifer monta dans la voiture officielle. Elle emprunta la via Corso et rejoignit le Tibre avant d’arriver à l’entrée du Vatican. Après avoir reconnu le conseiller du Nonce, le Garde Suisse de faction fit avancer la voiture.

- Voilà, nous sommes arrivés.

Jennifer entra dans le hall d’accueil. Elle remarqua sur la vitre de la porte à tambour le reflet de la voiture suiveuse stationnée juste à l’entrée. Elle en déduisit qu’il s’agissait des services secrets du Vatican. Le conseiller la rejoignit.

-Je vous conduis, tout de suite, dans le bureau de son Excellence. Jennifer était vêtue sagement : longue robe noire jusqu’aux chevilles, un blouson léger ne mettant pas en valeur sa poitrine naturellement très saillante.

- Son Excellence va vous recevoir, vous pouvez entrer. Jennifer fit quelques pas, s’inclina. Le Nonce, Secrétaire d’Etat l’invita à avancer et à s’asseoir en face de son immense bureau.

-Je vous remercie de me recevoir, en ma qualité d’officier du contre-espionnage français.

-Madame, la France est la fille aînée de l’église et c’est un honneur pour les services secrets du Vatican de collaborer avec vous. Nous avons la certitude que Rome est la plaque tournante de la fausse monnaie en Europe. L’organisation que nous surveillons utilise la valise diplomatique pour faire circuler de la fausse monnaie en quantité incroyable dont la qualité est irréprochable. Une opération d’envergure est en préparation pour arrêter ceux qui se livrent à ce trafic, mais vous comprendrez que cela doit se passer dans une discrétion absolue.

- C’est clair ! Je le comprends parfaitement..

-A votre retour en France, vous aurez la possibilité d’intervenir pour saisir des exemplaires de faux billets. Nous allons vous donner cette adresse à Paris, vous serez seule à la connaître. Je ne veux pas téléphoner ou envoyer un message, c’est la raison pour laquelle, je vous ai fait venir ici à Rome. Lorsque vous aurez rassemblé les informations sur place la police à Paris n’aura plus qu’à intervenir.

Jennifer flaira que le Nonce ne lui avait pas dit tout ce qu’il savait. Cela n’avait peut-être pas grande importance mais elle pressentait qu’il fallait rester sur ses gardes. Elle déclina l’invitation de la sécurité du Vatican de la reconduire à son hôtel et décida de rentrer à pied pour flâner un tant soit peu. Elle se rendit sur les berges du Tibre, s’arrêta un moment, réfléchit, s’asseya sur de grosses pierres destinées à interdire aux véhicules l’accès du pont. Elle se remit en route et sans savoir trop comment elle parvint au Colisée. Comme une simple touriste, elle s’aventura tout autour de l’édifice colossal, monstrueux, le plus grand édifice de spectacle réalisé par les Romains dans lequel des dizaines de milliers de personnes pouvaient prendre place sur les gradins pour assister à des sacrifices humains. Toutes les entrées, à cette heure, étaient verrouillées mais son esprit aventureux et sportif la poussa à chercher un espace ouvert. Il faut dire que ce monument historique est l’un des plus impressionnants de notre civilisation. A force de s’avancer le long des masses de pierres, elle finit par découvrir un passage qui lui permit en escaladant une colonne d’atteindre le premier niveau.

Jennifer réalisa qu’il était vraiment très tard et qu’elle était fatiguée. Elle s’allongea, retira son blouson et sa jupe, les roula et les utilisa comme oreiller, puis s’endormit en quelques minutes. Un léger souffle la berça et tout en étant endormie, elle avait l’impression de bouger, dans son songe elle voyait des ombres qui dansaient autour d’elle.

Jennifer entrouvrit les yeux doucement. Elle était dans une semi- obscurité. Elle pensait n’avoir dormi que quelques minutes, elle voulut se redresser en se rappelant qu’elle s’était endormie au premier étage du Colisée mais elle ne pouvait pas bouger. Ses mains étaient attachées sur ce qui était un sommier métallique.

Une lumière filtrée par un store à lamelles formait des points noirs sur une table utilisée pour bloquer une porte. Elle essaya bien par tous les moyens de se tirer du lit mais rien n’y faisait. Elle réalisa que pendant son sommeil elle avait été enlevée. Elle était là, immobilisée, vêtue comme au moment où elle s’était endormie en slip et avec le blouson comme oreiller. La jupe avait disparu. Sur une caisse se trouvait une petite bouteille d’eau minérale, comble de l’absurdité, elle avait soif mais ne pouvait pas la saisir. Comme elle l’avait appris à l’entraînement au cours duquel les services secrets préparent les femmes à se trouver dans les pires situations, elle se calma, reprit son souffle et observa le moindre recoin de la pièce pour essayer de mettre en oeuvre une stratégie d’action. Elle ne trouva rien et ne pouvait envisager quoi que ce soit en étant ficelée de la sorte.

Pendant ce temps, l’ambassade de France connaissait une réelle agitation. Le conseiller de l’ambassadeur réveilla toute la maison.

-Monsieur l’ambassadeur nous avons reçu un fax, il s’agit d’une priorité, le message est codé, je l’ai décodé. L’ambassadeur lut le message :

« agent féminin du Service Action n’est pas rentré à son hôtel, déclencher procédure de recherche immédiate ».

Rechercher une femme dans Rome n’est pas une mince affaire se dit l’ambassadeur, perplexe et de mauvaise humeur car il avait promis de conduire sa femme le matin pour acheter des chaussures dans le quartier où l’on trouve les grandes marques.

-Pour une fois que je promets un cadeau à ma femme, voilà que je suis réquisitionné.

Pendant ce temps, Jennifer était loin de penser à planifier l’achat de chaussures. Une porte claqua, elle fut comme soulagée à l’idée qu’elle n’était pas seule dans le bâtiment et que donc elle n’était pas abandonnée. Le visiteur s’adressa à une autre personne en français.

-Le patron veut qu’on la maintienne en forme. Il faut lui donner à manger. -Je m’en occupe, donne-moi les clés des menottes ; tiens ! fais gaffe ! c’est un commando, elle a de super guiboles.

-Oui ! Elles sont super musclées, je les ai un peu pelotées pendant qu’elle dormait.

-Ne fais pas de conneries! Surtout ne t’avise pas de recommencer! si le patron apprend ça, tu es mort.

-C’est entre nous ; maintenant, ferme la! je monte lui donner la becquée. L ‘homme ouvrit la porte en déverrouillant un cadenas.

-Tiens ma jolie ! je t’apporte des tranches de jambon pour rester belle. Jennifer ne perdit pas son sang-froid et exprima son étonnement.

-Comment vais-je faire ?

-T ’ inquiète pas ! Je vais te détacher.

. Elle se jeta sur la bouteille d’eau placée sur la caisse et l’avala d’un trait puis elle s’empara d’une tranche de jambon et volontairement la fit tomber par terre, l’homme la ramassa.

-Espèce de petite grenouille! tu crois peut-être que je suis ton boy. Ne t’avise pas de recommencer, sinon je te la mets dans le cul!

A Peine eut-il le temps de relever la tête que Jennifer en se redressant et en s’appuyant sur le bord du lit, lui asséna un coup de genou dans la gorge.

Jennifer comme jamais elle ne l’avait fait à l’entraînement réussit à maîtriser son rythme cardiaque malgré le ralentissement de la circulation du sang du fait des liens et s’élança dans un sprint effarant, se retrouva dehors en pleine nuit, en culotte et soutien-gorge. Après avoir parcouru quelques centaines de mètres, elle s’aperçut qu’elle était dans le forum, essaya de rentrer s’abriter dans le Sénat de l’antique Rome mais la porte était verrouillée. Finalement, elle découvrit une tombe fleurie en pleine Nécropole et elle se dit : cela doit être la tombe de Jules César.

Elle se souvint qu’effectivement les Italiens la fleurissent régulièrement

Pour récupérer, elle s’accroupit et se remit en route. Son problème avant tout c’est qu’elle était dans la rue en culotte, ce n’était pas une question de pudeur mais elle craignait de tomber sur des individus peu scrupuleux. Heureusement, il existe un Dieu du Service Action français : une voix douce fit sursauter Jennifer.

-Madame, puis-je vous aider ?

Jennifer se retourna. Elle se trouva nez à nez avec une petite jeune fille, un petit ange d’à peine 18 ans, habillé sobrement avec un brassard de la Croix-Rouge et lorsqu’elle lui répondit par un bonjour énergique, elle réagit cette fois-ci en balbutiant quelques mots en français en lui demandant qui elle était.

-Je suis française, oui ! Vous pouvez m’aider !

-Je peux vous conduire à l’hôpital, je suis avec mes collègues qui sont dans la camionnette.

-Vous êtes gentille, accepteriez-vous de me conduire à l’ambassade de France. Je suis officier français et j’ai été agressée.

–Oui ! Bien sûr !

Jennifer arriva à l’ambassade. Elle sonna, l’interphone se déclencha. -Vous êtes ici à l’ambassade de France. Veuillez décliner votre identité et préciser le motif de votre présence dans cette zone extraterritoriale.

-Je suis Jennifer Field, Service Action, ouvrez-moi. !!!

-Attendez ! Nous allons procéder à des vérifications.

Quelques minutes plus tard la même voix retentit.

-Veuillez indiquer le mot de passe de semestre des agents français.

- Le regard de l’aigle.

- Bien madame ! Vous pouvez entrer, Son Excellence va vous recevoir. Jennifer se précipita à l’intérieur du bâtiment. L ‘ambassadeur, encore à moitié endormi, l’accueillit avec enthousiasme.

-On s’inquiétait, vous êtes vraiment la meilleure.

-Oui, mais j’ai eu de la chance, mes kidnappeurs n’étaient pas des enfants de chœur.

-Qui étaient- ils donc ?

-Je n’en ai aucune idée, je ne sais pas où je me trouvais, par contre je les ai entendu dire qu’ils voulaient m’interroger.

-Tout cela ne suffit pas pour remonter une piste. Vous êtes devenue gênante et cela s’est produit après votre rencontre avec le Nonce.

De retour à Paris, après avoir fait son rapport au siège de la D.S.T, Jennifer prit la décision de se rendre dans le quartier de Notre Dame accompagnée d’une équipe d’inspecteurs, là où se trouvait le lieu signalé par le Nonce, Secrétaire d’Etat.

Elle sonna à toutes les sonnettes.

-Bonjour ! C’est l’infirmière de Madame Strahl.

Elle prit un nom au hasard sur le tableau. Trois ou quatre personnes déclenchèrent la gâche électrique. Elle se glissa à l’intérieur, monta les escaliers et sonna à l’appartement situé à droite, comme le lui avait indiqué les services secrets du Vatican. Personne ne répondit, elle prit son canif et le glissa le long de la porte. C’était un simple verrou, il ne résista pas aux pressions qu’elle exerça. Les policiers se précipitèrent dans l’appartement et les occupants n’eurent pas le temps de préparer une quelconque résistance en raison de la dextérité de Jennifer et des policiers qui l’accompagnaient. Toute l’équipe était au complet. C’était un plaisir de les coincer.

-Bravo, les gars! on les a tous! Elle s’adressa au groupe de malfrats.

-Qui parmi-vous est membre d’une congrégation de l’église ?

Les truands se regardèrent avec stupéfaction et se demandèrent ce que signifiait cette histoire.

-Vous plaisantez, M ’Dame! Cela fait trente ans que je ne suis pas allé à la messe.

-Comment! vous n’êtes pas des prêtres, des religieux, des collaborateurs de l’évêque de Paris.

Tous étaient hilares.

-Nous avons un seul lien avec l’église, il est dans la voiture de toute façon, vous allez le trouver.

Jennifer courut avec un inspecteur vers la Mercedes qui était garée dans le parking. Dans le coffre se trouvaient des œuvres d’art, statuettes, croix, estampes, icônes. Tout ceci, à n’en pas douter, provenait du pillage d’églises et elle était folle de rage. Elle comprit qu’elle s’était faite avoir par le Nonce, mais c’était pour la bonne cause.

Le Vatican avait mobilisé le Service Action en faisant croire que c’était des religieux qui produisaient de la fausse monnaie, pour activer tout ce petit monde.

Le Nonce, Secrétaire d ’ Etat adressa un message au Ministère des Affaires étrangères de la République Française:

“ Les services secrets de sa Sainteté remercient les services secrets français pour le travail accompli, dans l’affaire des pilleurs d’église.

A charge de revanche”

Signé: Général de La Garde de Sa Sainteté.