SERVICE ACTION A MATIGNON
Jennifer, Chef du “Service Action” et son adjoint sont chargés par “Matignon” d’une mission très spéciale pendant la campagne des élections présidentielles.Au même moment, la situation internationale se dégrade et nos héros sont embarqués dans une affaire de terrorisme qui frappe le Nord de la France et la Belgique.Certes, il s’agit d’une fiction, mais au delà du divertissement , c’est l’opportunité d’une réflexion sur l’avenir de la civilisation occidentale.
EXTRAIT
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enregistré sous le N° 2002.09.0112 le 06.09.2002
Edmond Mydier, sortit de la gare du Nord d’un pas alerte mais le regard constamment aux aguets.
Persuadé qu’il n’était pas suivi , il s’engouffra dans la bouche de métro qui devait le conduire dans le secteur de l’hôpital Sainte Anne où l’attendait sa collègue.
Il n’hésita pas, à deux reprises, à changer de rame pour s’assurer qu’aucun intrus ne s’intéressait à son itinéraire.
Jennifer Rameis était une très jolie femme, d’environ quarante à quarante cinq ans, de taille moyenne, brune presque charbon, redressée par un chignon très fourni, piquet par une pince pour maintenir une motte de cheveux de laquelle virevoltaient au vent des mèches indisciplinées.
Elle était vêtue d’un tailleur strict genre hôtesse de l’air et faisait penser à une gentille écolière.
Son signalement lui avait été communiqué par le Colonel Steiner, officier d’état major de la D.S.I. (Direction de la Sécurité Intérieure) ; rattaché directement au cabinet du Premier Ministre.
Il n’eut d’ailleurs aucun mal pour la reconnaître, car peu de personnes à cette heure matinale de ce samedi de novembre ne se hasardait à faire leur footing.
« Vous êtes Jennifer Rameis »
« oui »
« Je suis l’adjoint du Colonel Steiner, bonjour, marchons ensemble ça attirera moins l’attention que si nous restions plantés devant cette fontaine. »
« Comme vous voulez ».
« Le Colonel Steiner m’a expliqué que vous seriez mon contact durant toute l’opération et que je référerais de la situation qu’à lui et à lui seul. »
« Certainement mais nous avons encore des détails à régler en ce qui concerne la phase préliminaire, notamment la fréquence et le lieu des réunions des officiers de mon état major »
« Madame, voyez vous pour le Colonel Steiner, la priorité des priorités, c’est de revêtir cette opération du secret d ’ Etat».
D’un geste rapide Jennifer, retira ses lunettes ornées d’une monture métallique très chic et ajouta:
« En effet, en cas de fuite ce serait une véritable catastrophe, l’anarchie pourrait gagner tout le pays.
Il faut donc absolument éviter d’organiser des réunions, à l’état major de la gendarmerie, situé aux invalides, surtout pour tout ce qui concerne la logistique.
Nous avons du reste des contacts avec différents restaurateurs qui sont aussi des indicateurs »
Edmond, lui précisa qu’en outre :
« La C.I.A., n’avait toujours pas donné son accord pour un coup de main, l’impact sur la géopolitique européenne ne semblait pas déterminant aux yeux des américains et ceux-ci souhaitaient encore un délai supplémentaire de réflexion. «
Tout à coup, un sentiment d’insécurité traversa le corps et l’âme d’Edmond lorsqu ’ une voiture de type Mercedes longeant l’allée latérale, parvenue à leur niveau ralentit et redémarra aussitôt en trombe.
Jennifer, remarqua son attitude et le rassura en invoquant qu’il s’agissait vraisemblablement d’un voyeur.
« Certes, répondit Edmond, mais je préfère cesser cet entretien ici avec vous, fixons en un autre avec les différents officiers supérieurs que nous convierons et séparons nous dès maintenant. »
Jennifer, sans être particulièrement inquiète comprit qu’il valait mieux ne pas prendre de risque inutile.
« Va pour la semaine prochaine et au restaurant “Pénélope” rue de Vaugirard, le patron est un de nos “amis” »
Pour ne pas attirer l’attention les deux agents se comportèrent en amoureux et se séparèrent en s’embrassant,
Ensuite, Edmond prit la route de son hôtel situé Boulevard de Strasbourg.
Allongé sur son lit, dégustant une cigarette américaine, il repensa à cette Mercedes qui l’avait intrigué.
Celle-ci avait une plaque d’immatriculation du corps diplomatique dont il avait relevé le numéro : 5923 CD.
Comme convenu, la semaine suivante, Jennifer et Edmond rejoignirent le restaurant “Pénélope”, là où les attendaient trois agents de la D.S.I. accompagnés de deux officiers de gendarmerie en civil.
La cave avait été aménagée pour l’occasion
L’un des officiers de gendarmerie interpella d’emblée Jennifer:
« J’ai besoin de connaître dès maintenant les effectifs nécessaires et l’importance de la logistique à mettre en place « .
Jennifer, se contenta d’une réponse très vague:
« La gendarmerie aura à jouer un rôle primordial dans l’organisation de la logistique dans le même cadre que celui fixé pour les ‘’ paillotes corses ‘’
Quelques hommes suffiront mais des super entraînés, genre: para-commandos et il nous faudra aussi des véhicules légers banalisés donc rien d’extraordinaire ».
Le gendarme ne lâcha pas prise:
« Je dois être informé très rapidement car il faut contourner dans ce cas les règles administratives pour obtenir toutes les autorisations nécessaire ».
« Vous aurez toutes les autorisations directement du Premier Ministre et les dépenses seront couvertes par les fonds spéciaux »
La réunion se poursuivit sur l’éventualité d’une intervention de la C.I.A. et la séance fut levée.
Paris, préparait les fêtes de fin d’année et resplendissait de parures étincelantes.
Personne n’imaginait dans ce flot de clients qui envahissait les grands magasins du boulevard Haussmann que se tramait dans les coulisses de Matignon une opération de manipulation de l’opinion publique comme le pays n’en avait pas connue depuis les événements de mai 1968.
Les partis politiques s’affairaient pour préparer les élections présidentielles et peaufinaient leurs programmes électoraux.
La majorité mettait l’accent sur les conquêtes sociales ; surtout son cheval de bataille: la réduction du temps de travail ; tandis que l’opposition reniflait l’odeur nauséabonde de l’insécurité et s’en délectait.
Les services secrets avaient informé le Premier Ministre que les sondages ne lui étaient pas favorables et que par conséquent seul un événement important pourrait faire basculer l’opinion publique de son côté.
Le Colonel Steiner s’était vu confier cette mission: organiser la manipulation de l’opinion publique.
Il était persuadé qu ‘ Edmond était le meilleur élément pour jouer le rôle d’agent de liaison avec le ‘’Service Action’’ encadré par Jennifer Rameis.
Celle-ci, n’avait toujours pas l’intention de faire trop de confidences à Edmond, elle n’avait d’ailleurs pas confiance en lui, son air arrogant, mais aussi cette paranoïa incessante qui lui faisait tourner la tête de droite et de gauche jusqu’à donner le torticolis, l’agaçait profondément.
Edmond, systématiquement, rendait compte à son supérieur de l’évolution de la situation :
« Mon colonel !, Jennifer Rameis, a démarré la coordination avec les différentes ‘’Armes’’. Il faut noter l’absence de réponse de la C.I.A., en outre, je me demande si la D. S. I , évalue la lourdeur de la mécanique que nous allons devoir mettre en mouvement. »
« Ne vous inquiétez pas ! ! « s ’exclama Steiner .
« Ce sont des professionnels, la plupart de nos agents ont été entraînés par la C.I.A., ils savent ce qu’ils font »
« Très bien dans ce cas, il ne me reste plus qu’à patienter. »
« Vous savez Edmond, de toute façon, ce sont des chats échaudés. Ils ont connu le clash du ‘’Rainbow Warrior’’ et des ‘’paillotes’’ en Corse, inutile de préciser que maintenant, ils prennent toutes les précautions qui s’imposent »
Edmond méfiant de tempérament, n’était pas pour autant très rassuré par les bonnes paroles de son supérieur,
Il flairait les querelles de personnes au sein des services, trop d’officiers supérieurs dont le déroulement de carrière était incertain.
On avait vu ce qui venait de se passer aux Etats Unis, avant l’attaque des avions kamikazes sur le ‘’World Trade Center ‘’ à New York; le F.B.I. ayant foiré complètement.
Tout cela ne lui plaisait guère et en plus par- dessus le marché, il fallait supporter la Jennifer, une véritable sainte nitouche dont il ressentait le mépris.
Il aurait voulu d’avantage d’informations de sa part, sur la base de la confiance réciproque mais c’était peine perdue.
Jennifer avait pour elle d’être une tombe et de ne jamais en dire plus qu’il ne fallait, elle parlerait que le jour venu et c’est elle qui le choisirait .
Quelque jours après cette rencontre, Edmond se rendit en mission au meeting électoral du Premier Ministre.
La salle était pleine, déjà bien chauffée.
Il rentra lentement et déformation professionnelle oblige, en observant les moindres recoins.
Au passage, il salua un collègue des R..G. adossé contre un pilier.
La salle scandait: sur l’air de “Happy birhday to you ” « Un nouveau Président, un nouveau Président »
La garde rapprochée du Premier Ministre était répartie autour de l’estrade, on la reconnaissait à des costumes stricts qui tranchaient avec la décontraction de la majorité des jeunes formant l’assemblée.
Ces agents de la garde rapprochée étaient en outre équipés d’une chaînette reliée à une oreillette.
Lorsque le Premier Ministre entra, la salle explosa dans une ovation frisant l’hystérie à tel point qu’une rangée de jeunes filles tomba comme un jeu de dominos , heureusement sans causer la moindre égratignure et alors que fusait un faisceau de plaisanteries de gamins installés sur le côté .
Le candidat Président, le doigt tendu vers le lustre qui surplombait la salle exultait :
« Nous allons renforcer la majorité, je vous le garantis ! ! ! »
Edmond ressentit comme un sentiment de fierté, en pensant que sa mission consistait à créer les conditions permettant au Premier Ministre d’accéder à la Présidence
Il était d’ailleurs particulièrement agacé par le fait que Jennifer ne lui ait pas encore exposé le plan d’action dans sa globalité.
L’orateur se lança dans un brillant discours sur le programme de son parti n’hésitant pas à marteler comme un leitmotiv les termes d’égalité, de solidarité en voulant privilégier l’éducation.
Edmond adorait se mêler à la foule dans les meetings,
Il avait commencé sa carrière aux R.G., il fut chargé d’infiltrer une loge maçonnique de la G.O.D.F. et de remettre tous les trimestres un rapport à son chef de service.
Au bout de deux ans, il en avait eu marre et obtint sa mutation à la D.S.I., poste qu’il occupe aujourd’hui.
Il s’était en effet rendu compte que la surveillance des loges était une voie de garage, c’est là que se rencontraient des petits vieux rabâchant tous les samedis des hymnes à leur “Grand Architecte”, en formulant le vœu d’un monde de paix et d’amour.
Entre temps, il avait surtout vécu une expérience très riche au contact d’un inspecteur des impôts, rattaché à la cellule de crise de l’île de France et dont la spécialité était ‘’la mobilisation des ressources de l’Etat’’.
C’était d’ailleurs par l’intermédiaire de cet agent des impôts qu’il avait été présenté à Steiner pour l’organisation de coups tordus
Edmond, sortit de ses pensées, car le Premier Ministre semblait emporté par une frénésie de formules toutes faites et à l’emporte pièce.
Il interpellait l’assistance avec:
« Les Françaises, et les Français »…;
C’était le mode d’expression préféré de l’une de ses ministres du gouvernement que le Premier Ministre reprenait à son compte pour cautionner ses allégations et il continua presque en hurlant son éternel leitmotiv :
« Ce qu’ils veulent ! ! Oui ! ce qu’ils veulent les françaises et les français; c’est bien entendu la réduction de l’impôt sur le revenu et même à terme sa suppression ».
Edmond, savait que c’était du domaine du possible: son collègue des impôts lui avait expliqué que globalement les prélèvements sont mal maîtrisés, personne n’en connaissant le montant total précis au niveau national et qu’on pourrait compenser par la T.V.A.
Edmond était fier de savoir tout ça, lui qui n’avait jamais réussi un seul concours de la Fonction Publique et qui s’était fait remarqué par son chef de service uniquement en infiltrant les loges maçonniques.
« Bip .. Bip.. Bip..” Son portable le sortit de sa torpeur.
« Oui j’écoute » lança t-il dans l’appareil en se précipitant vers la sortie.
Le collègue des R.G. toujours appuyé contre le pilier eut un air amusé se doutant que le devoir appelait son collègue.
« Un message de votre correspondante rendez vous demain matin à 8h, lieu habituel : appel prioritaire. »
Edmond pensa qu’il était arrivé une chose importante pour que Jennifer l’appelle ainsi à son secrétariat.
Il retourna à son hôtel, en méditant sur l’action à entreprendre pour permettre au Premier Ministre de devenir Président et ainsi favoriser la réduction des impôts.
Il s’endormit.
Le lendemain matin il prit un taxi qui le conduisit au parc Montsouris et retrouva Jennifer Rameis .
« Nous avons un gros problème, il faut en parler à Steiner «
« Quoi donc » s’exclama –t-il d’un air étonné qui parut sincère à Jennifer.
« Un clash à Poissy, des flics ont tabassé un arabe dans le secteur H.L.M. “
« Et alors »
« Je ne peux rien vous dire de plus,
mais vous devez rencontrer Steiner en urgence pour qu’il intervienne auprès des chefs de corps de la police nationale afin de faire réduire la
présence policière sur le terrain et ce jusqu’à nouvel ordre . »
« Mais Bon Dieu ! Vous allez vous décider à parler qu’est ce que cela vient faire dans notre mission ?
On en a rien à faire des arabes qui se font tabasser ! , il était question d’une manip de l’opinion publique pour influencer le choix des électeurs en période électorale des présidentielles ; je ne suis pas une assistante sociale. »
Jennifer, s’énerva, repoussa son chignon retira ses lunettes et sembla piquer du nez dans les roses du parc , tellement elle trépignait d’avoir à se justifier à cet espèce de fonctionnaire sans envergure; elle qui avait réussi l’écrit de la magistrature avant de se retrouver commissaire de police à Pigalle et d’être affectée ensuite au chiffre au Ministère des Affaires étrangères
Après plusieurs gesticulations, elle finit par lui dire qu’il devait s’exécuter et que ce n’était pas le
moment de faire une conférence.
Elle voulut reprendre sa respiration pour le clouer net et lui faire avaler la question qu’il était sur le point de poser, mais elle fut prise d’une sorte de paralysie.
Edmond fut d’ailleurs saisi par ses immenses yeux couleur de perle de culture, taillés en olive donnant l’impression de se désorbiter.
« Qu’avez vous ? « Déclara t-il, stupéfait par ce changement brutal de comportement d’une femme habituée au commandement et pas du style à faire dans l’émotivité.
« La voiture elle est passée, je suis sûre que c’est la même, Mercedes en C.D. mais j’ai pas vu l’immatriculation. »
« Vous êtes sûr »
« Oui même couleur , antenne zébulon au dessus de la glace arrière et c’est un agent des ambassades. »
Edmond était devenu rouge écarlate tellement le sang lui montait à la tête.
« Bien j’ai relevé l’immatriculation la semaine dernière. Je vais questionner le service des cartes grises »
« Ca ne me plaît pas– Si jamais on découvrait des fuites on serait dans le pétrin. «
Jennifer était inquiète, elle proposa de se séparer, encore une fois, après le bisou traditionnel pour que ça fasse plus vrai .
Edmond, rentra au central de la D.S.I., il appela les cartes grises qui lui fournirent le renseignement demandé.
« La Mercedes 5923C.D. appartient à un conseiller de l’ambassade d’Irak en poste au consulat de Lille dans le Nord de la France rue de la Liberté.- R..A.S.”
Tout d’un coup il eut l’impression qu’une étincelle jaillit et il se souvint de la remarque de Jennifer concernant les maghrébins des banlieues.
Y aurait-il un lien avec les Irakiens. ?
Malgré tout, c ‘était de moins en moins clair : Pour quelle raison un véhicule d’un consulat situé à Lille se trouvait à Paris et faisait le tour du parc Montsouris au moment où il discutait avec Jennifer.?
Même s’il en avait vu d’autres dans sa carrière, il se sentait de moins en moins à l’aise dans cet océan nauséabond, d’intrigues des services de la sécurité intérieure du pays.
N’était il pas embarqué dans une sale histoire ?
De toute façon, il devait rencontrer au plus vite Steiner qui le reçut dans l’heure qui suivit considérant cette mission prioritaire.
« Mon colonel, ma correspondante demande instamment la diminution des effectifs de police sur le terrain et notamment dans les banlieues. C’est exécutoire. L’ordre doit être adressé à tous les commandants des forces de l’ordre. »
« Bien, je vais envoyer un fax. »
Entre temps, la D.S.I. Paris avait contacté la D.S.I. Lille afin de faire surveiller discrètement le bâtiment du consulat irakien à Lille.
Steiner un moment envisagea d’envoyer Edmond faire une visite à ses collègues à Lille, mais il préféra auparavant rassembler le maximum de renseignements.
En cette fin d’année 2001, suite à l’appel de Steiner concernant les forces de l’ordre tous les préfets donnèrent la consigne de réduire les effectifs sur la voie publique, surtout dans les zones H.L.M. et seulement police secours devait intervenir en cas d ’ appel de citoyens en danger.
Parallèlement, la sécurité du territoire à Lille se mit en piste pour surveiller les allées et venues de
la 5923C.D.
Rapidement, les agents des services secrets envoyèrent leur rapport établissant la relation du conseiller de l’ambassade d’Irak avec Aicha Zhirma, maîtresse d’un chirurgien à la clinique des « Orchidées » à Lille et responsable de l’association lilloise « Cœur Lille Europe » : “C.L.E.”
Tout ceci ne semblait pas très intéressant et l’enquête fut classée sans suite et sans se soucier de connaître les objectifs de cette association.
Edmond en déduit que la présence de la Mercedes à Montsouris était une simple coïncidence et refoula la fixation qu’il faisait la dessus.
Cependant, quelques jours plus tard, dans le quartier chaud du ‘’Vieux Lille’’, de la capitale des Flandre, un événement allait relancer l’intérêt porté à cette affaire alors que la patrouille de routine commençait sa tournée à la vitesse réglementaire.
Quartier traditionnellement habitué depuis des lustres à la prostitution, mais loin de connaître la situation florissante de Paris ou sévissent les mafieux de tous les horizons.
Ici, il s’agit plutôt de Rmistes de la banlieue qui améliorent leur fin de mois en échangeant quelques grammes de hasch procurés à la frontière belgo- hollandaise pas très loin.
Les voitures des souteneurs sont souvent de vieilles B.M. constituées de bric et de broc, rafistolées à l’aide de pièces détachées piquées sur les épaves des véhicules cramés par des gamins à la périphérie.
La patrouille reliée par radio en cas de nécessité à d’autres unités stationnées au centre ville n’est que rarement stressée sauf lorsque les filles se crêpent le chignon pour préserver leur coin de trottoir.
La ‘’Laguna’’ blanche enveloppée comme un paquet cadeau par une bande de couleur rouge était sagement à l’arrêt au feu qui ouvre l’accès à l’Avenue du Peuple Belge lorsque son chauffeur fut intrigué par une Mercedes, et fait particulièrement rare dans le secteur; nickel comme un sou neuf.
La grosse cylindrée accélérait, ralentissait par à coup et on pouvait penser à un client aisé de passage vraisemblablement désoeuvré, dans un hôtel du centre qui la nuit n’offre que peu de festivités dans cette ville provinciale.
Le chef de patrouille, en fonction à Lille depuis vingt cinq ans, consciencieux comme on ne peut l’imaginer ne laissait jamais rien au hasard et disait toujours aux jeunes recrus « Toute information, la plus futile est un puits de mine »
Fort de cette maxime, il ordonna à son collègue d’avancer en direction de la Mercedes en restant à distance.
La surprise fut à la hauteur de l’effort, lorsqu’il constata que la plaque du véhicule était une C.D.
La patrouille sembla ignorer la Mercedes, la dépassa et lança un message aux collègues pour qu’ils prennent le relaie de la filature afin d’essayer de comprendre le manège auquel se livrait son propriétaire.
Comme si le chauffeur de la Mercedes d’instinct avait pressenti le scénario, celui-ci obliqua prit une latérale et sembla s’éloigner rapidement.
La seconde patrouille repéra le véhicule signalé, roulant le long du canal de “la Deûle”, empruntant subitement un pont levi en ruine, et avec ses larges pneus faisant fi des nids de poules qui laissaient entrevoir le reflet des lampadaires à la surface de l’eau aqueuse et visqueuse du canal.
La Mercedes coupa net l’immense ‘’Champ de Mars’’ servant de parking la journée aux fonctionnaires qui veulent éviter le stationnement payant et la nuit transformé en zone abandonnée aux homos tranquilles tant que les patrouilles ne les dérangent pas lorsqu’elles surveillent le trafic de hasch.
Le chef de patrouille tout juste sorti de l’école de police le mois dernier observa à l’aide de ses jumelles la voiture identifiée par la plaque C..D. et tout particulièrement le passager à l’avant.
Celui-ci se précipita avec un paquet sous le bras vers les buissons et le remit rapidement à un homme adossé contre un arbre tout au plus âgé de la quarantaine..
Comme l’avait toujours enseigné le Commandant instructeur: « remise de paquets dans des lieux sordides veut dire ” cam”, par conséquent: sans hésiter prévenir la brigade canine des stups »
Le cas de conscience qui se posait était: fallait-il suivre la Mercedes ou intercepter le suspect repéré à trois cents mètres ? , mais qui de toute façon aurait le temps de s’échapper à l’approche de la patrouille, sur ce vaste “Champ de Mars” éclairé par des lampadaires d’une puissance telle qu’on se serait crû sur les ‘’Champs Elysée’’ à la vieille de noël .
Dans ces conditions, il prit l’initiative de suivre la Mercedes et d’abandonner son client aux stups.
A distance, le long du canal, il observa sans difficulté la Mercedes qui roulait prudemment à la vitesse de quarante à cinquante Km/ h .
Il communiqua au central le numéro de la plaque d’immatriculation 5923C.D. et ce pour investigation.
En quelques minutes le propriétaire fut identifié, la patrouille reçut instruction de cesser la planque – Diplomatie internationale oblige- ; la police routière chargée de la sécurité publique dans un tel cas doit faire preuve d’une grande discrétion.
Néanmoins, à toutes fins utiles, la D.S.I. fut avertie.
Edmond, était le fonctionnaire polyvalent par excellence :
les meetings politiques , les planques de jour comme de nuit , les défilés dans la rue, les coups tordus ,les déplacements sur courtes ou longues distances .
On pensait toujours à lui, il faut dire qu’il aimait ça ; la variété, les contacts, et surtout mettre les pieds dans les réseaux transversaux comme disent si bien les “techniciens de la manip” qui arpentent les couloirs des préfectures, du contre espionnage, du Trésor Public, de la défense, des média ou des ambassades.
C’est pour ces raisons qu’il ne fut pas surpris de recevoir un fax avec ordre de mission de se rendre par T.G.V. à Lille pour être reçu à la préfecture.
Lille, lui rappelait de bons souvenirs, il y a plus de trente ans, troufion au 43° R. I. , il avait passé son permis de conduire au cours du service militaire et il connaissait tous les recoins de cette vieille ville et surtout les remparts construits par Vauban.
C’était pour lui comme un pèlerinage.
Le T.G.V. était d’une ponctualité extraordinaire: 9h02 pas une minute de plus pas une minute de moins que l’horaire indiqué sur le billet.
Le taxi pris à la gare Lille Flandre, le conduisit directement à la préfecture de police où le directeur de la sécurité publique assisté de ses conseillers pour le contre espionnage le reçut dans un immense bureau qui lui rappelait celui de Steiner; un bureau Empire entouré de fauteuils d’époque et procurant un confort envoûtant.
Le directeur le remercia de la rapidité avec laquelle il avait répondu à la demande du service et il prononça quelques mots sympathiques pour Steiner, collègue du R.H.P. de Tarbes avec lequel il avait encadré des para- commandos sur des terrains opérationnels quelque part au Proche Orient.
« Monsieur Mydier, nous avons depuis quelques temps un problème qui nécessite une coordination avec les collègues parisiens.
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